lundi, février 20 2017

Mais bon sang ... Qui est Rosa Parks ?

Le mois dernier, moi, Ruben Melconyk, écrivain à succès, j'avais annoncé à la présentatrice de l'émission littéraire "Etoile ta culture" que je ne serai pas présent sur le plateau quelques heures avant le début de l'émission. La présentatrice, Albane de Trépanel, me concocta une vengeance qu'elle doit désormais regretter.


**********************************************************************************

Lire la suite...

Digression autour d'un thème mal défini

Le mois dernier, moi, Ruben Melconyk, écrivain à succès, j'avais annoncé à la présentatrice de l'émission littéraire "Etoile ta culture" que je ne serai pas présent sur le plateau quelques heures avant le début de l'émission. La présentatrice, Albane de Trépanel, me concocta une vengeance qu'elle doit désormais regretter.


**********************************************************************************

Lire la suite...

samedi, juin 4 2016

Le peuple des étoiles

L’Afrique est notre mère à tous, Abou y est né, dans le désert du Sahara. Ici pas de dessert, tout y fond tant le soleil brille. Une marche longue pénible l’attend tous les matins, c’est son école de la vie, imaginez qu’avant que la robe de l’aube lève son voile et brûle votre peau des pieds au visage, il enfile sa tunique qui le protège comme cette huile à l’indice solaire de plus de cinquante. Pendant cette marche toujours le même refrain, non il ne connaît pas le jazz de ses voisins Africain, et encore moins celui du film de Jim Jarmusch « Brookeen flower's » et sa bande son culte, celle d'un musicien Ẻthiopien Monsieur Mulatu Astatke, il marche sous un soleil chaud, très chaud, plus chaud qu’une frite. sa petite pensée en vadrouille dans son univers que le titre abstrait « Yekermo Sew » aussi virtuose qu'improbable venu d'un pays célèbre pour ses crèves la faim, et pourtant une musique somptueuse qui rendrait le pas de danse d'Abou lorsqu'il se déplace sur le sable plus léger encore que la brillante caisse claire de ce groupe improbable, qui illustrerait bien le confort mental de ce jeune seigneur du Sahara. Mais n'oubliez pas que cet enfant du désert, fils du ciel et de sa poésie cultivé à la fois comme un jardin unique par les marins et les Touaregs ne connaît pas le cinéma, Alors lui pour oublier les difficultés du désert, il pense à la mer qu’il n’a jamais vue, et s’invite dans les Histoires que son oncle Féhed, un grand voyageur, rapporte et colporte au vent des oreilles attentives de l'adolescence. Un gentil petit bonhomme, à l’esprit vif et curieux qui est né dans le monde des rêves sur notre Terre, un quinze avril 2003. Son père lui a dit un jour, il s’en souvient : Tu es né sous le signe des étoiles, notre peuple se guide par la carte du ciel, et toi mon fils, tu es né sur Neptune et tu es un poisson, le ciel me l’a dit, le Tropique du Cancer. Abou n’avait rien compris. Ce souvenir était vague telles les dunes qu’il parcourait avant la rocaille et la récompense de s’asseoir sous un arbre à l’oasis où il s’arrêtait pour l’eau et l’ombre aussi douce que le son d'un oiseau où l'éclaire de génie d'un être lunaire face cachée et solaire parfois ce Monsieur « Chet Baker » et son jeu de trompette qui flirte avec la mort. Tiens ! Une brebis manque à l’appel. Il les compte. Comme ce conte sur le peuple des étoiles, Abou a ses secrets. Ce jeune garçonnet n’a pas de montre. Midi, le zénith, le regard levé vers le soleil, sans lunettes noires, Abou sait qu’il est l’heure de trouver un palmier. Il marche là où il trouve de l’ombre, cherche la très célèbre oasis de Timimoun, un arc-en-ciel de fraîcheur dans l’Algérie, ce grand pays. Ici l’ombre d’un arbre vaut de l’or, un cours d’eau de l’argent, des brebis, du lait, et du sang froid, et Abou lorsqu’il va promener le troupeau pense Océan. Pourquoi ? Parce que Féhed, le frère de son père, raconte ses périples et lui explique les mondes, muni de ce regard bleu/vert et de l’étincelle belle et cruelle de ceux qui voyagent. Avant, les anciens Humains marchaient aussi… D’ailleurs les livres se sont écrits comme cela, certains s’occupaient de leurs champs, d’autres sur de gros bateaux naviguaient, d’autres s’occupaient des bêtes, et pour rêver, il y avait les colporteurs, des gens qui risquaient de rencontrer des pirates, des bandits sur leurs routes, et quand la lune prenait son vol, on allumait le feu. Si le toit du ciel s’allumait d’étoiles, le voyageur racontait son journal. Hier, Féhed, son oncle, lui avait parlé des tempêtes du Sud, de ces vagues plus hautes que des géants de pierre, de ces albatros aux gros ventres qui jouent en altitude, des vents ascendants et descendants, sans jamais se poser, ni se reposer. Ici, le soleil brûle les yeux ; là-bas, c’est le froid qui fait mal. Abou rêve encore de ce moment magique. Devant lui, l’immensité est ocre jaune-rouge, les dunes sont des vagues et il sait qu’ailleurs c’est l’outremer, un bleu, vert, gris, qui domine. Assis au pied d’un figuier de barbarie, un arbre immense au tronc usé, Abou n’écoute plus le son des serpents qui se cachent au cœur du sable où jouent les dromadaires. D’habitude, il ne se lasse pas de cette musique sauvage. Face à lui, chèvres et brebis boivent ce liquide rare, l’eau. L’ombre de l’arbre le protège des rayons assassins mais pas de son imagination. Abou se transporte sur l’océan, dans sa main une barre à roue qu’il tourne lui permet de diriger un trois-mâts : « Le tyrannosaure ». N’oubliez pas où il vit, je vais tenter d’expliquer sa vie. Chaque matin, Abou marche dans le sable rouge, couleur de la planète Mars, qui est un aspect particulier de son pays (l’Algérie côté Sud), la carte du monde nous le raconte, et moi je veux conter son histoire. Qui est-il ? Abou, notre petit Héros, regarde les astres qui éclairent sa route et le toit de la Terre ; se dit que ce sont des cailloux qui bougent dans les cieux. Son peuple est celui des étoiles, ils sont les seuls capables d’aller dans le désert d’Afrique faire le commerce du sel. Ses yeux sont brillants, et bouillants de curiosité, tant il est intelligent, si curieux de tout, qu’il en oublie la fatigue de l’aube, il enfile sa tunique de la couleur de ses jeunes yeux, bleue. En Algérie, le sable est si singulier, puisqu’il n’est pas blond « vénitien », comme les cheveux de l’anglaise « malade » qui il le sait a kidnappé Papa Pongwa, son grand-père sorcier guérisseur. Cela l’intrigue cette disparition de son grand-père, heureusement que son oncle Féhed lui raconte son passé. D’ailleurs, il a quel âge Abou ? L’enfant a douze ans. Né sous le soleil, cela vous commencez à le savoir, son histoire pourrait être simple, Abou  marche sur ce sable aussi chaud qu’une frite, pas nu-pieds, patate, c’est impossible ! De petites sandales en toile spéciale en peau de bête, pas bête l’animal ! Abou compte les étoiles, son foulard, noir, méticuleusement, il l’entoure autour de sa tête pour se protéger des coups de soleil et du froid glacial, version Ours ou étoile polaire. Où chercher des gorilles dans le ciel de cette jungle de sable brûlant ? Impossible de le croire, mais au Sahara le thermomètre descend de plus de quarante-cinq à moins d’une suite de zéros, de quoi estourbir un étourdi qui oublie son couvre-chef telle une volée d’étourneaux perdus sur l’Atlas, autre nom de la carte du monde, par un violent coup de vent, ou n’importe quel vieux chameau de touriste égaré dans ce vaste océan peuplé de légendes, et berceau de la Terre. Tous les Hommes y sont nés ! Abou aurait tant aimé connaître les personnages des histoires que l’on raconte devant le feu qui crépite accentuant les étincelles sauvages. La nuit venant aux veillées, assis parmi les grands, il écoute des contes ou des histoires, l’équivalent d’un journal, ou d’un grand livre, et Abou apprend les traditions de son grand désert qu’est le Sahara, si grand. Cinq mille kilomètres qui vont de l’Atlantique à la Mer rouge, cette steppe, autre nom du désert, n’a nulle frontière en son centre, les anglophones, ceux qui parlent l’anglais appellent cela un no man’s land. Prenons, un peu de hauteur les enfants, et les grands qui oublient la géographie : savez-vous les noms des pays qui l’entourent, oui, non ? Dix pays, aux noms exotiques et fantastiques. Pour nous, francophones, de A à Z, il s’agit de l’Algérie, l’Égypte, la Libye, le Mali, le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, la Tunisie, et le Soudan. Le Sahara n’est pas que l’endroit où l’on a inventé la harissa, c’est aussi grand et vaste que le drapeau surnommé Stars and Stripes des Etats-Unis. Je m’explique : ce désert d’Afrique est aussi grand que les treize bandes et les cinquante étoiles de la confédération d’Amérique du Nord. Et le Sahara, lui, si on veut l’entrevoir sous une forme géométrique pour dessiner sa forme, il faut imaginer et tracer un trait, une diagonale, de terre sèche qui part d’un fleuve, celui du Sénégal, jusqu’en, écoutez bien, la Mongolie. Eh, oui, cette terre d’un peuple libre, de célèbres barbares des livres ouverts sur l’Histoire, quand nous les Humains nous cherchions encore nos territoires et les limites de la planète qui nous supporte, au propre comme au figuré, la Terre. Les Mongols, vous savez, ce sont ceux qui ont des chevaux et les cheveux au vent dans leur grand pays. Abou, lui, connaît plus les chevreaux. Lui, il ne connaît que la chevelure de Bérénice, à gauche de la tête de Lion, pas les animaux, mais sa carte pour se situer. Son GPS à lui se sont les étoiles, la carte au menu lors de soupers au toit ouvert sur le cosmos. Abou sait, comme les marins qui naviguent à l’estime, se diriger en positionnant les étoiles, les constellations, les amas d’étoiles. La toile, le tableau du ciel, porte des noms souvent d’animaux : le Petit chien et le Grand, le Cygne, et l’imaginaire et fantasque Licorne. Au moyen âge déjà, les étoiles parlaient aux Hommes. Amusez-vous à lire une carte du ciel : quatre horizons, ça bouge le temps d’une révolution solaire. Dans l’œil de l’univers, notre toit qui bouge c’est le ciel et si votre montre donne l’heure c’est que nos planètes tournent et dansent, comme un tourne disque et l'erreur ce bout de peau qui se détache des lèvres du géant « Miles Davis «  dans l’ascenseur sous l’échafaud » du maître des salles obscures Monsieur Louis malle. Aussi ignorant en jazz et cinéma, Abou lève le regard et lit à livre ouvert toutes les informations des saisons, de l'heure, du temps, et des tempêtes comme un tourne-vent que j'invente, une sorte de barre à roue de la carte du ciel, d'instinct les touaregs savent que la planète tourne toujours dans le même sens, tenir compte des tempêtes capitaine ! Oh, cet marque de respect sur un bateau, celui qui a le dernier mot, le dernier choix et le droit de sombrer. Mais oublions ce danger de couler, et acceptons le simple fait que cet aspect régulier du système solaire fait qu’en France cette question de régularité circulaire dans l’espace fabrique la notion de temps et sa force est elle aussi juste que ce tourbillon qui ne se pose pas de question, la reine de la Nature. Le temps ne se pose pas de point « dingo » comme cet animal des terres australes, ni de point d’interrogation… Le temps, c’est l’aiguille de votre montre, Abou ne le compte pas tant il est le maître de l’école buissonnière, et nous qui sommes en Occident, peut-être par accident, la loi de régulation des planètes de notre système solaire, Jupiter, Vénus, Saturne, Lune, Terre, Mars, Mercure, nous permet de poser des saisons : l’hiver, le printemps, l’automne et l’été. Rêvons sur le sol : la jungle, les animaux du berceau de l’univers, l’Afrique donnait des noms poétiques aux constellations ou des repères pour les navigateurs sur les mers ou ceux du désert, comme la célèbre Orion. Au Nord de l’Équateur, ceux du froid polaire, souvent les navigateurs cherchent l’Étoile la plus basse celle de la Grande Ourse, et ce chariot à l’envers qui forme la Petite Ourse, sa petite sœur d’étoiles. D’autres noms rigolos hantent les cieux pour le plaisir de l’évocation de jolis paysages, mais regardez le toit du monde, l’univers si vaste, on y trouvera dans des livres les positions du roi de la jungle, le lion, le long cou de la girafe, ou les légendes venues des airs de baladins, tels la licorne, ou le dragon et son feu, si célèbre dans l’astrologie Chinoise. Les enfants, vous, moi, regardez le ciel, le toit du monde, le toit de la Terre, vous verrez qu’il bouge et s' allume comme ce slow magique de Led Zeppelin qui rend tous les cœurs joyeux, une musique aussi douce que le cœur d'un cactus. Donc, suivant les saisons, vous verrez que certaines étoiles forment des images, le petit chien et son traîneau, la célèbre croix du Sud, bien plus au Sud de l’Équateur, que tous les marins du monde connaissent pour diriger leurs bateaux, ou encore le cygne, pas ce canard qui vole, mais bel et bien un ensemble de cailloux qui lévitent et que l’on évite de justesse parfois. Au pays d’Abou, il pleut des météorites, et la pluie est si rare que les zones humides sont là pour jardiner, mais revenons à nos moutons qui d’ailleurs sont des brebis. Abou ne sait pas que la vie est délicate sous la chape de plomb qui nappe le désert du Sahara, il ne connaît pas les glaces au chocolat, ni la mousse, lui, Abou, il doit aller à l’Oasis chercher de l’ombre face à cette lumière qui rend aveugle et y trouver de l’eau pour ses bêtes et aussi pour sa famille, sa maman, qui reste dans son petit village. Originaire du pays des Maures, là où les vaches sont sacrées, d’après ce que racontent sa maman et son oncle Féhed, colporteur d'Histoires. Abou est déjà un petit garçon responsable du trésor de sa famille : les brebis. D’ailleurs, elles bêlent, belles sous le soleil, comme d’habitude ça brille, la chaleur revient dès qu’il s’élève à l’Est des montagnes et de la rocaille qui surplombe le plateau où vit sa petite famille. Son papa, lui, il lui fait confiance pour lui confier son seul chameau vers la source d’eau, et parfois Abou sur sa route croise des étoiles et des dromadaires et cette silhouette familière de son père, son foulard sans couleur offert au vent souriant sur l’un deux, car son père, évidemment, est fier de son fils. Lui part quatre jours vendre du sel. Abou le suit du regard, et reprend sa marche. Ce sont des Touaregs, des berbères, ils aiment chanter quand la nuit arrive des poésies arabes, leurs instruments, les flûtes de roseau, de curieux tambours, et leurs mains rocailleuses tel des tailleurs de pierre de granit celtes, tapent sur la peau des tbals et ripaillent : jouer, chanter, danser et taper sur les tambours, n’animent pas le bourg, ils animent le bal improvisé du soir et allument les étoiles. La carte du ciel frissonne, ses cils se plissent, la peur des serpents à plume ou non s’éloigne du camp, tant la joie résonne dans ce long désert où la pluie ne rigole pas. Je rigole de chez-moi, moi qui narre cette aventure. Je suis un Celte, et chez moi elle pleure la pluie. Abou chez lui, c’est si peu, très peu de centimètres par an. Mais cessons les métaphores, Abou est, certes, jeune et fort, et il ne connaît pas la chanson du sable chaud «  le légionnaire » de serges Gainsbourg, ni les îles de l’Océan Pacifique, pas plus que celles du ponant, mer d'Iroise, pas plus que celles de la grande et de la petite Bretagne ! Dès que l’aube lève son voile, Abou enfile sa tunique bleue, et file dès l’aube chercher le troupeau, très jeune berger du Sahara. Très vite le soleil se lève, et la vie devient pénible, ici, dans le désert, partie Sud de cette gigantesque plage sans eau de mer qu’est ce phénoménal désert d’Afrique recouvrant plusieurs pays. La liste des pays qui l’entourent est si longue qu’il vaut mieux se taire, depuis si longtemps elle sans zèle a quitté son lit, et devenu un lieu sans eau, et trop de sel, ou presque. Trêve de digression… Nous sommes mercredi, vous n’avez pas classe l’après-midi. Abou marche tous les matins, ce jeune berger accompagnant le troupeau de brebis de son père à la source d’eau la plus proche de sa maison, pieds nus, c’est un endroit qui est en terre cuite et rouge comme sa terre natale en tourbe, rectangle ou carré, sans toit et comme la Lune, on peut marcher dessus, mais même pas de paille pour se désaltérer, on dirait qu’elles sont fabriquées main, faites de bouts de ficelle, le génie de nous les Humains construire des abris et ici c’est du ciel, car il ne tombe pas de cordes, mais les tempêtes du désert sans fin… Revenons aux brebis de l'eau de mer, l’univers de ce garçon est très beau, mais aussi très difficile pour ceux qui, comme toi, n’y sont pas nés. Lors de sa marche ce sont de belles maisons traditionnelles ici qu’il croise avant de s’arrêter accompagné de son maigre troupeau. Abou passe devant des endroits, oh que c’est beau, ce vert végétal, des jardins suspendus entre terre de sang et ciel ! Par magie, des gens ont des jardins bien verts, adaptés comme lui au climat, car dans ce pays, il ne pleut pas, et Abou pleure peu. Ce fils du désert habitué à croiser des châteaux fantômes détruits par le temps semblable à un sablier que l’on renverse, grain par grain, ses joyaux d’un âge moyen s’éteignent, juste témoins aujourd’hui d’un glorieux passé, ce n’est pas cela qu’il regarde, Abou, mais le ciel au bleu de Klein. Ce monsieur est l’inventeur d’un bleu mystère comme ce ciel sans nuages, et il reste un second mystère à éclairer, la fameuse histoire de la disparition de papa Pongwa, et qui est cette jeune fille « malade ». Le bateau imaginaire d’Abou, petit voyageur immobile, est fabuleux, un Trois mâts que les anciens appellent galion. Du haut de ses douze ans dans son for intérieur, Abou rigole, ici en Afrique du Nord, son Algérie où l’on connaît le roi de la jungle que de nom, le fabuleux et si dangereux Lion d’or, savez-vous, roi de la savane, pas de vos coup pompes, est fatigué, que ce sont ses compagnes les lionnes qui chassent tuent le gibier pour leur tribu. Allez hop, on se gare, on ne se perd pas, on respire et la source de l’oasis est là, Abou dort que d’un œil car ses parents le gronderaient fortement s’il perdait une pièce de son troupeau de brebis. Un peu de verdure, pas du gazon de Wimbledon, le célèbre terrain de tennis et son tournoi magistral, non juste de l’herbe, du frais de l’herbe, bien verte car l’eau stagne ici, une sorte de lac, et pas de flamand rose ; de la luzerne, vous connaissez, une sorte de bouton d’or si sauvage qui provient justement d’Afrique, celle de nos champs, est sa cousine. Quant aux flamands, ils volent au Kenya eux, et leur rose panthère du dessin animé qu’enfant je regardais en souriant de ses multiples bêtises, le portent en parure comme en Europe certains portent fourrure et diamants. Je dérive. Pendant ce temps, notre singulier petit personnage ferme un œil, reste oie de lynx, ou d’oie tu sauras pourquoi plus tard ! et évite de dormir en rêvant de chimère. Abou aussi le ne regarde pas le grand soleil de son pays droit, et pas de lunettes aux verres teintés que vous connaissez, la plupart du temps ses yeux clignent, et justement, derrière son foulard noir du matin au soir, vous savez pourquoi, comme ce chaud est froid est régulier au Sahara, Abou ne cesse de cligner les yeux, bleu gris Océan. Son fabuleux regard s’éclaire car Abou est riche d’un monde qu’on lui raconte au son du feu qui crépite pépite du diamand du sillon d'un tourne-disque inventez votre bande-son ! Les flammes et le ciel enrichissent son imaginaire. N’oubliez jamais, les enfants que nous sommes tous, que les marins et les Hommes du désert ont un point commun de l’âge-moyen, pas dix ans, ou vingt ans, depuis que l’on compte les millénaires : au moyen âge il y a eu beaucoup de découvertes, et les mathématiques, oh il y en a qui tiquent, cette science de l’observation il est nécessaire qu’elle conserve de l’humilité, car le danger est là, ce que l’on sait aujourd’hui, on le doit au temps perdu par certains à observer, calculer, et inventer pour l’eau de mer par exemple un engin qui se nomme le sextant, il calcul l’angle d’une étoile, vers l’horizon, et définit ta position par un calcul d’angle, les touareg aussi savent se diriger en observant les formes et le placement des étoiles grâce à un livre d’or inscrit comme un diadème magnétique dans leurs têtes. Comprends-tu que deux peuples aux antipodes l’un de l’autre, ceux qui bravent la mer et ceux qui cheminent dans le désert, ce sont les anciens qui, par l’observation, la naissance de la science qui nous sert aujourd’hui, ont créé ce livre au nom barbare, les Éphémérides. Ou pour Abou le livre du secret de la danse des étoiles, ce que l’on lui conte aux veillées. Pas besoin de ride pour comprendre que l’amas de lumière, la toile d’étoile qui orne notre plafond, le ciel, et grâce à des calculs magiques et triangulaires, place exactement la position du dessin des constellations, comme la petite casserole, et l’étoile du nord, pointe extrême de la grande casserole, bon, je vous bassine là avec cette science donc silence. Où est Abou ? Dans le désert, et il sait que le sel que vend son papa vient de la mer, oh, il raconte n’importe quoi celui-là ! Et, il s’imagine sur la mer, fier tenant la barre à roue du tyrannosaure, drapeau dromadaire levé, la bordée armée, prêt à tirer l’âme Capitaine sur les voleurs des secrets du grand livre des plantes de papa Pongwa, si célèbre sorcier que des anglais on fait escale au Sénégal, on remonté un fleuve, lutté, contre la faim, la soif, pour kidnapper son grand-père. Alors Abou imagine qu’un jour il le délivrera, mais cette tempête rouspète et pète un des trois mâts, tout ce vacarme sur son navire fantôme, comme ces châteaux qui ornent la fantastique histoire des peuples de Terre, et Abou regarde l’horizon aux quatre coins de ses veines et il sait que la mer, l’Océan était ce désert, le Sahara, que d’évolution, puisque le sel que la caravane de son père, et de ses amis marchands, part vendre pas au célèbre marché de Katmandou, trop loin, eux partent de Timmoun chercher du sel, des plaques que porte le dromadaire, des dattes, du fromages sec, enfin le nécessaire vital pour qu’une famille mange à sa faim. Abou assis à l’ombre de son arbre sait cela, qu’ailleurs, il vient d’ailleurs, il vient de là, de l’Océan. Sa majesté terre du silence, le bassin aux phoques, chut, je dis une bêtise, terre des mystères et des légendes. Pays d’Ys, la ville engloutie et de son roi Gradlon ! Abou se voyait autre, voyageur de l’espace-temps, il n’arrête pas de penser… Et cette violente tempête sur l’eau s’invitait dans ses rêveries, chahutée par la cruauté de l’océan pacifique, nous allions droit au naufrage. Pourtant le bateau se comportait en héros, acceptant d’être presqu’à sec de toile, il accélérait sur chaque descente de vague, en survitesse totale. Sa proue fendait l’eau turquoise. Le bateau avançait à nu. L’allure du tyrannosaure ne faiblissait pas pour autant, et le bateau pourchassé allait plus vite. Assis au sein du carré, là où le capitaine respire et conspire pour tirer les cartes et les salves sur la bordée de canon de tribords ou de bâbords, Abou vit le hublot exploser. De suite, il comprit que le bateau sombrait, ne pas se noyer dans cette pièce obscure. Partir, sortir, aller au dehors, sentir, respirer la nature une dernière fois chanter « la mémoire et la mer » de Léo Férré. Puis, une poutre s’écrasa sur sa tête… étrange ! avant de tomber à l’eau. Abou ne reprit conscience de lui-même qu’en sentant tout à coup sous ses pieds une résistance inattendue. L’oncle Fehed s’assoit à côté de lui, et il se pique les fesses sur un cactus aux fleurs oranges. Joli réveil ! – Aie ! Abou rigole. – Dis-moi, tu ne devais pas veiller les bêtes ? – Si. – Je te dérange ? – Oh, non oncle Fehed. – Alors pourquoi tu dormais ? – Je voulais aider papa Pongwa. – Et comment ? – En le délivrant des méchants qui lui ont volé la vie. Fehed grimace. Et lui dit : – Tu ne devrais pas penser à cela. – Je ne vois pas pourquoi. – Que sais-tu de cette histoire ? – Papa Pongwa était un sorcier, et grâce à ses pouvoirs il guérissait les gens. – C’est vrai. Un jour, des étrangers sont venus le chercher. Ces hommes voulaient que papa Pongwa quitte les siens pour guérir une petite fille malade, dans son pays l’Angleterre. Alors mon père refusa de partir. Il voulait bien les aider mais un si long voyage, jamais il ne pourrait le supporter car il se sentait trop vieux, sa vigueur l’abandonnait, eux utilisèrent la force. – Et moi, je veux le délivrer papa Pongwa. – Tu es brave, Abou, sache cependant qu’il est impossible de revenir en arrière. – Si, en arrêtant le temps. – La bonne idée, tu comptes t’y prendre comment ? Abou ne sait pas, il désire connaître son grand-père autrement qu’en paroles ou en image sur ces vieilles photographies marquées par le temps. – Je trouverai. – J’ai compris, en attendant je vois que tu voyages dans ton esprit. C’est bien, les songes n’ont pas de frontières mais Abou permets-moi de te donner un conseil d’adulte. Le visage du petit n’arrive pas à masquer l’impatience de savoir, ses yeux sondent le silence. – Fais attention à ne pas quitter la réalité, certaines portes sont dangereuses à ouvrir. – Oh, aucun risque ! Fehed surpris : – Je te trouve bien sûr. Abou hausse les épaules : – Nos maisons n’ont ni portes, ni fenêtres. Son oncle se lève, scrute le ciel d’un air mystérieux, et lui dit : – Ce soir, si tu es d’accord je te parlerais d’une drôle d’aventure qu’il m’est arrivé en traversant la grande île de la Terre de feu. – Fehed, raconte ! – Je dois m’en aller mais là-bas j’ai rencontré un ami. – Ah. – Et c’était un perroquet farceur. – Il parlait ? – Petit curieux, patience, je te raconterai cette histoire ce soir. La longue silhouette de Fehed s’éloigne, bientôt elle ne sera plus qu’un petit point à l’horizon. Le désert c’est un océan de sable, peu de fleurs, quelques cailloux, et cette chaleur quasi insupportable. Abou y est né. Ces conditions climatiques difficiles, son corps les supporte mais sa tête, elle, est ailleurs. Papa Pongwa occupe son esprit, bien qu’il ne l’ait jamais vu en chair et en os. Tout ce qu’il sait c’est ce que l’on a bien voulu lui dire, Abou comble ce manque en inventant la suite de l’histoire. Sorcier et guérisseur, son grand-père possédait des pouvoirs qui impressionnaient ou faisaient peur. Certaines personnes parlaient de lui sans masquer leur frayeur à cause de cette faculté de communiquer avec les morts, les ancêtres, les sages, enfin nos racines. Il paraît qu’un feu de bois brûlait, la nuit, près de sa case, et que papa Pongwa parlait à haute voix, en transe, la fièvre au corps, le cœur ouvert, il écoutait les conseils de ceux qui savent ce que l’on trouve après la vie, les esprits célestes gardiens des couloirs du temps. Il quittait le sol, son esprit voyageait à travers l’espace. Abou pensait que ce devait être curieux à voir un homme qui parle tout seul, change de voix, d’intonation, de langues, et tremble comme une poule mouillée. Papa Pongwa n’avait nul besoin de sacrifice d’animaux, pas de cervelle de singe, de bave de crapaud ou de cou de coq, non juste une incantation, un chant venu de l’intérieur, un chant plus profond que le centre de l’univers, un son rauque qui capture les failles et s’immisce dans les sens, ensorcelant ceux qui l’écoutent. Le vieil homme guérissait, sa vertu se déguisait en chien de mer, et Abou savait par les ondes de l’air des mystères que la nuit ne laissait pas deviner ; ainsi il connaît l’histoire que Fehed conte, celle de ce lopin de terre situé sur les Cinquantièmes Hurlants, l’archipel des Kerguelen est un territoire presque vierge, peuplé par quelques scientifiques et d’une foule de pétrels et d’albatros, d’otaries, de phoques et d’éléphants de mer, de manchots royaux ou papous. Pas un arbre n’y pousse et un glacier surplombe des plaines de mousses et d’herbes folles qui enchâssent des fjords balayés par des brises glaciales tout au long de l’année. Bref, un territoire de désolation comme l’avait surnommé le Chevalier Yves Joseph de Kerguelen en 1772… Fehed parlait bien de la vie de Papa Pongwa, il le suivait sur son chemin, sa route pavée d’embûches et d’esprit saint ou guerrier. Abou dansait au firmament des étoiles chancelantes au son de sa voix, et il rêvait d’aller là où le soleil ne brûle pas, amant défunt de l’aventure, le vent absent en toiture, le petit rêvait d’aller voir l’Angleterre, cet angle sous la terre, et d’y mener des vaches sacrées dans les prés… Mais il rêvait ! Son quotidien le marquait dans la sueur de son front, son âme volait vers l’inconnu à la recherche de l’absolue vérité, une main pour demain, et des ancêtres pour aligner du sens au sang de la vie. Son oncle le savait que la désolation parfois est de partir, d’oser sortir du rang et de se retrouver seul. Ici, sur un tronc, il comptait sa toile de mouton, rose ou doré, il ne s’ennuyait jamais. Et vous ?

vendredi, juin 3 2016

Le temps d'une révolution

La télévision venait de passer par la fenêtre, je l'ouvris et regardai à l'extérieur. Rien. Un vrai miracle. Je finirai par croire que le sixième sens existe vraiment, que ce n'est pas une invention des magazines féminins, au même titre que l'horoscope.

Tout avait commencé au café : je l'avais renversé sur ses notes. Elle ne pouvait plus les lire et j'avais beau m'excuser de ma maladresse, argumenter contre sa fureur et lui dire qu'une succession de zéros est toujours mieux perçue sous un nuage de lait, elle ne me croyait pas. Je n'ai pas souvent croisé d'âne, mais Agnès portait sa colère, rose.

Fidèle à mes habitudes, je me tus et quittai la pièce, penaud. J'allai me raser pendant qu'elle essayait de laver ses copies. Je ne souhaitais surtout pas en faire une affaire de ménage. Depuis que l'eau et le gaz sont à tous les étages, une simple tache mène aux reproches, et c'est moche. Je savais que la salle de bain aspirerait toutes mes mauvaises pensées et j'avais une envie folle de douche froide. J'ouvris le robinet. Plus d'eau. C'est ainsi qu'à mon tour je me mis à râler. Au départ contre moi, puis contre mon image inversée dans ce miroir. Après tout, pourquoi ne pas se projeter dans ce monde à l'envers ?

Fuir les problèmes, jouer l'autruche, pas si facile pour un adepte de la taxinomie. Du soir au matin, je plongeais mon crayon dans ce petit pot d'encre de Chine, à la recherche de la perfection. Espoir futile, vous en conviendrez…

Comme tout le monde, je portais ce masque d'hypocrisie qu'impose la politesse sociale. Il est vraiment trop difficile de circuler l'âme nue en ville. Je hurlais, furieux d'avoir tourné le bouton bleu. J'ignore pourquoi, mais c'était un leurre coloré, la vengeance masquée d'un plombier, pas Polonais, mais qui devait avoir un enfant à l'école. Je me dis que ce robinet avait été monté n'importe comment, quand on sonna à la porte.

J'allais ouvrir, quand je me souvins qu'au temps d'Adam et Ève, j'étais le serpent. Une tenue fort délicate pour accueillir un inconnu ou Elvis Presley, des milliers d'années d'évolution me l'interdisaient. Heureusement, ma femme n'avait pas ce problème, et j'entendais maintenant sa jolie voix cajoleuse qui souriait. Un peu jaloux de ces rires d'en dessous, je m'habillai, des fois que cet homme aurait eu une blague pour moi. Quand j'arrivai, la porte était fermée et ma moitié avait disparu. La journée pouvait commencer.

Petit passage à la cuisine. J'avais déjà oublié ma bêtise, elle non. Un mot sur la table me le rappelait. J'ouvris le réfrigérateur, un peu vide, et, comme j'avais faim, je trouvai un croûton et retournai en enfance. Rien ne vaut une tartine de chocolat noisette.

Le ventre plein, et sans désir d'alcool, je m'installai à mon bureau. Hier, j'avais laissé le monde des vers sans couleur et je voulais réparer cet abandon. Pour beaucoup, les vers sont répugnants, pas pour un naturaliste : ces animaux sont sa poésie et le dessin son art. Arénicoles, Lanices, et Néréides sont des délices. Ne croyez pas que je me prenne pour une morue. Non, ces petites bêtes ne sont pas aimées que des poissons et de moi.

Parfois quand je pense à mon destin futur, ce jour où mes cendres circuleront sous la mer et que je m'imagine baudroie ou chimère, des relents d'incertitude m'envahissent. Mon estomac crie misère à l'idée des festins à venir. Par contre, le plaisir de dessiner leurs mille-pattes est réel. Détailler l'anneau de sable et de fragments coquilliers protecteur, dont certains de ces nageurs hors pair se servent, m'amuse. Là, je devais rehausser leurs tons, les maquiller de leurs parures de majesté : des bleus noirâtres, orange de vénus ou terre de sienne.

Le téléphone sonna, je décrochai. Agnès était en pleurs. Notre voiture avait grillé deux feux et heurté un arbre. Pourquoi griller deux feux, un seul ne suffisait pas ? Elle pleurait car elle allait être en retard et elle détestait ce manque de correction, simple question d'éducation. Moi, c'était les horaires et la circulation. Nous étions très complémentaires.

Je rangeais mes petits pots, cherchant le couvercle de l'un deux, opposé à l'arrêt de mon activité et vlan !… Voilà ma chemise teintée de pourpre. N'ayant guère le temps de poursuivre ma tâche, je me précipitai vers les étagères à la recherche d'une chemise propre. Paf ! Je dérapai, tombai sur le lit et la couette se couvrit sans raison de cette teinte des rois.

Petit mal de tête et peu de peur, question de nature. Je n'avais plus qu'à chercher les clefs, un pull-over et trois comprimés d'aspirine. Puis ayant trouvé mon bonheur, je pus gaiement rejoindre le lieu du crime. Agnès avait en horreur les complications, erreur fatale qui pourrissait notre contrat de mariage. Entre parenthèses, très loin d'en faire une histoire, j'allais rejoindre ma belle et pas pour danser. Quelle matinée de merde !

Cinq minutes à pieds, pas de quoi se faire une entorse et je la retrouvai lasse, au rond-point. Des uniformes l'interrogeaient, des bleus, jamais je ne ferais la différence entre gendarme et policier. La veille, nous avions annulé un repas au restaurant, qui s'annonçait arrosé.

Les huit poules cuites, tout pour plaire. Intuition divine, je savais que le ballon n'allait pas virer, il ne me restait plus qu'à annoncer mon malus à mon nouvel assureur… L'autre avait craqué. La courbe statistique de sa marge bénéficiaire tirait vers l'arrière.

Quand j'entrai dans son fond de commerce, sa face devenait blême. Son médecin, prévenant, lui avait parlé de cancer, pas de vacances sous les tropiques. Il l'avait écouté et m'avait viré de son agence, me remerciant sans nuance. Heureusement, mes dessins se vendaient plus que correctement, donc nous pouvions payer le devoir de s'assurer. Peu rassuré, cependant, je m'approchai de ma femme. Je n'ignorais rien de son caractère belliqueux et de son plaisir de ne rien oublier.

Ma tasse de ce matin, elle l'avait agitée en chats dans la gorge et curieusement elle n'avait aucune douleur. Or, mon âge grandissant me permettait de me méfier de ses mots blessants et des gros félins.

Guère de sang sur les pavés, je me présentai : Guillaume Durand. Pour un peu j'aurais signé des autographes. Agnès était assise, perplexe, elle pensait à ses cours. Je regardais ses bleus au cou, le choc avait été violent, mais elle semblait se porter comme un charme. Enfin, sous le feu de mon regard, elle n’avait rien d’une esquisse de fantôme : elle était sublime, autant qu'aux temps primaires où je lui faisais la cour. Je souris et perçus un éclair de haine. Vraiment belle !

samedi, mai 28 2016

La croix de la matière

La croix de la matière

Dans les plaines opalines du Kilimandjaro, une tribu de mammouths pleurait une de leurs défuntes. Leurs défenses caressaient les os de la femelle d’une tendresse humaine.

Au-dessus d’eux planait un animal mythique. Les yeux de l’aigle du Caucase cherchaient une proie facile. Sur une clairière parsemée d’aigrefins (ces voleurs, bandits des hauts chemins), mais aussi de fleurs, chicorées pétales mauves, l’essence du millepertuis embaumait le pré et l’origan délivrait sa couleur d’un très beau pourpre violacé. Ces plantes, sans le savoir, façonnaient un contraste certain face à l’éclat du regard rouge carmin, feux allumés du phénix, cet as de la voltige, son regard tel un phare, comme celui du Stiff au nord-ouest de Ouessant, lieu où précédemment Léon venait de décoller.

Environ depuis trois ou quatre jours, il effectuait sa première migration, lui, ce jeune garçon, originaire de cette tribu celte de cette île au terrible dicton qui en dit long sur le cœur et le corps de son île, sa ville : « qui voit Ouessant voit son sang ! ».

Dans les airs, Léon, sans selle, volait, planait et survolait, dansait le tango. Cette mélancolie si jolie, et pensée sauvage, triste, sans se laisser envahir par les bleus, le blues de la trompette de Chet Baker et son fameux « My funny valentine », allait se heurter à une montagne de problèmes.

Guère voyants, comment auraient-ils pu deviner l’avenir ? Léon et son protecteur alignaient les milles nautiques. Sa monture et lui avaient une de ces faims à décorner un bœuf. Ils se trouvaient maintenant aux abords, juste sur les bords d’une façade rocailleuse, celle d’une falaise juste façonnée par un large torrent de pluie, une averse qui déverse ses larmes, cette cascade née de l’écharpe, noir-marron, reste de sédiments d’un fleuve en amont.

Le petit Léon riait tant il aimait chasser les courants d’air. Grâce à ce compagnon hors norme, il volait, vagabond de l’espace, sur son large dos zélé et ailé. Très à son aise au cœur des nuages de ce ciel de traîne, ce garçonnet ne connaissait pas sa chance d’être, de vivre, de respirer, juste heureux d’être né.

Un lapin de garenne passait par là, et quelques suricates, accompagnés de kangourous géants. Alors qu’ils descendaient vers le lac turquoise, oasis, curieux dans ce milieu mi-hostile, mi-paradisiaque, surgit un dragon de feu.

L’heure était grave, que faire ? Continuer la chute libre ? Se cacher ou plonger dans l’eau fraîche ?

Le soleil au zénith, Léon prit sa décision. Sans connaître la peur, il sauta de son cheval ailé.

L’aigle fit un cercle. « Le chien de Zeus » tournoyait, et d’un œil glaçant, il surveillait son maître flotter dans l’air, telle une pierre de granite dans sa chute libre.

Léon jubilait, oubliant de penser à l’amerrissage. Peu sage, l’enfant aimait l’eau, surtout l’eau de mer bien salée. Un bon bain le sauverait au sein de ce cirque sans vapeur.

Nous étions dans un temps venus d’ailleurs où le règne animal était confus, l’air magique. Des fleurs bleues poussaient sur de l’herbe violette, des mantes « orchidées adultes » orangé-rouge ne dérangeaient pas les licornes qui se baladaient sans tracas, se donnant à cœur joie, avalant la végétation du lieu, un peu narcissique. Cette sorte de cheval à la corne affûtée avait un don, celui de l’évasion, vous ne me croyez pas, hein ! Bien sûr, les licornes couraient vite, mais surtout, surtout, elles disparaissaient, capables de devenir air liquide, de s’évader de n’importe quel champ sans se créer un seul hématome.

Des animaux fantastiques, les colporteurs, ceux qui allaient de forêt vierge en château fort, racontaient que la licorne avait un don d’ubiquité, de vaincre le temps, de posséder au cou la clef, celle de l’immortalité.

Moi, qui suis-je pour vous conter cette histoire loufoque, un descendant du peuple celte ? Certes ! Ai-je l’autorisation de conter cette aventure ? Mon peuple est nomade depuis la nuit des temps. Depuis que le néant a créé des images, nous suivons une rose, la rose des vents, et prions pour que la Terre respire et aspire à la paix. Nos sanctuaires sont visibles du fin fond du Finistère à la Patagonie. L’érosion a vaincu la chaîne de montagnes qui bordait la mer d’Iroise. Peuples du Nord, nous pensons comme les civilisations disparues (Mayas, Aztèques, Incas et consorts) que chaque point cardinal correspond à la roue solaire, aux éléments majeurs. Le nord est l’élégance de la Terre ; le sud est l’air, ses vents ; l’est est le feu, la flamme ; l’ouest est l’eau, la nourrice.

Et Léon, ce dragon collé aux fesses, fendait l’air. Plus de quatre tonnes sorties d’une grotte préhistorique et la foudre dans les yeux, il volait moins vite que le Caucase. L’aigle, cette sentinelle aussi nommée « le chien ailé de Zeus » avait-il peur de l’enfant sacré ? Oui, non, réponse de normand, qui le sait ? Pas moi, et vous ? Imaginez-vous sur un aigle, survolant une falaise haute comme les monts d’Arrée, faite d’angle de pierre taillée, ciselée, issue d’un terrible volcan éteint, une pierre idéale pour vous mordre la peau. Vous plongez, ratez votre cible, et les cieux vous raccompagneraient auprès du créateur, l’organisateur de cette surprise-partie, le big bang, là où vous vivez. Alors imaginez-vous sur l’aigle poursuivi par la flamme !

Pas de flemme, pas le temps de réagir par réflexion, juste l’abandon de son destrier, l’aigle. Alors il plongea de si haut que sa tête en immersion fit une explosion de joie et de couleur, celle complémentaire, celle qui anime les dessins et dessine le destin. Le petit Léon avait du cran, du chien, selon une expression de par chez moi.

Qui suis-je ? Que sais-je ? Rien, il est impossible de le nier. Né sur une terre de légendes quand je ferme les yeux, je pars dans ce temps venu d’ailleurs. Tiens, un bouton d’or, et ce petit garçon qui entre dans l’eau. Moi, j’admire les tempêtes de suroît. Ma maison est en L. L’angle fend le vent. La cheminée crépite. Je fixe la bûche centrale. Une flammèche verte explose, un éclat de sève meurt et se détache en forme de cobra. J’aime écouter le vent, au chaud, un chocolat tendre à mes pieds…

Léon en apnée découvrait un « caulophrynidaeo ». Qu’est-ce donc que ce drôle d’animal sous marin ? Un tronc de crapaud, comme ce rocher de mon enfance, une sorte de pieuvre aux pieds roses, pleine de ventouses, un corps à la peau d’éléphant bleu pâle issu des abysses qui lui fit un clin d’œil, le regard tendre et pourtant noir profond.

Durant ce laps de temps, au-dessus de lui, un nuage noir se forma issu de nulle part. Impossible de savoir comment et d’où il venait et éteignant la longue flamme arrogante du dragon qui se trouva bête et nu, il rentra se coucher dans sa grotte pour encore quelques millénaires afin de s’abriter de la colère divine qui se devine en observant la nature, ce chef d’œuvre infini : la quadrature du cercle. Le chien ailé, compagnon favori de Zeus, alla virevolter dans le cœur noir du nuage. Aimant la fraîcheur de l’instant et sachant que le petit Léon, son maître, était en sécurité, l’aigle perçant le nuage se sentait libre comme tous les oiseaux : albatros, bernaches, tourterelles ou moineaux.

Là, Léon commençait son apprentissage, le début de sa vie, son aventure, sous l’eau. L’œillade du poisson-ventouse aux larges oreilles le mit en confiance, comme si on l’attendait dans ce lac tiède, frais par rapport à la température extérieure. Léon ne réfléchissait pas.

Or un phénomène inattendu se réalisa. Je le nommerai ainsi : la télé-sympathie et en « espéranto » Kézako ? Comment l’expliquer ? Je ne suis guère doué. Devant ma cheminée, les yeux fermés, cette langue « l’espéranto » est une tentative de rassemblement des peuples, parler le même langage, et là, vous ne me croyez pas, croyez-moi, pourquoi mentirais-je ? Je n’en tirerai aucun avantage, je suis né ainsi et Léon aussi. Moi, quand je ferme ma boîte à outils, le regard, une invasion d’histoires arrive. Le « caulophrynidaeo » existe toujours dans les abysses. On le dit laid. Ce que j’en vois, au contraire, ce n’est pas un monstre, mais un ours-éléphant. Mon message dérive. Léon, loin de chercher la rive, alla plus profond chercher de l’adrénaline. Sans aucun doute, le jeune humain n’avait jamais vu sa mère, ni les océans ou la mer grise. Mais avant de nager, d’aller se transformer en chercheur, il reçut un message d’amour de la part du peuple du dessous. Les sous-marins qui n’aspirent pas à respirer, le petit Léon avala ce zeste de tendresse, et se dit que le fond des choses, il voulait le connaître, lui qui ne connaissait que l’ivresse de monter sa mythique monture, l’aigle du Caucase, sans même savoir que cet animal fut celui le plus intime de Zeus, dans le sens où lui aussi aimait les promenades au cœur du ciel et sa ribambelle de nuages, lieu bleu ou orage, et tonnerre en colère venait de son cortex, cet homme, toge blanche et aux yeux noirs ayant pour seule arme la foudre.

Alors que Léon, sans peine, avait commencé son bain de jouvence, et que personne ne lui avait appris à nager dans la vie, une colonie de phoques verts couverts de plancton tournilla autour de lui, le frôlant, à une vitesse et une précision indécentes, dans le sens du poil. Le courant était fort, car la colonie de phoques déplaçait des montagnes d’eau tant leur masse était imposante. Il vit un objet brillant : une grotte au fond du turquoise, ce lac paradisiaque devenu bleu cyan profond. Les yeux grands ouverts, Léon resplendissait tel un ange venu d’ailleurs. Venu d’où ? Des cieux. L’enfant souverain nageait, au milieu des phoques, sur le dos, faisant la planche, ou réalisant une brasse tordue. Peu importe, il oubliait l’horloge. Il oubliait le temps et n’eut pas un frisson en croisant « l'éponge Lyre », être au tube digestif apparent capable de l’aspirer d’un seul coup. Mais ses gardiens l’entouraient et le guidaient tel un dauphin qui sauve un humain en péril face au danger. Mais Léon sentait que, malgré l’ivresse des fonds, sa cage thoracique devenait toxique, une prison. L’air manquait. Aussi tranquille qu’une fleur, le roi des phoques le prit sur son museau. Vous savez, les phoques ont de la moustache. Ce phoque-là portait de la barbe grise, un souci esthétique peut-être ? Donc, Léon fut déposé sur les abords d’une rive couverte de fiente d’oiseaux, et de chauve-souris, et là, personnellement, j’aurais tremblé de la tête aux pieds en passant par la peur au ventre. Lui, en armure de chevalier du ciel, pas en maillot de bain, ne chercha pas une serviette. Mais que lui avait-il dit en « espérento » cet « caulophrynidaeo » aux pieds d’argile pour être si tranquille. Impossible de le savoir !

Une colombe passa, Léon n’en connaissait pas la symbolique.

Sa cotte de mailles n’était pas en acier mais en écailles de tortue sauvage. Léon, et je ne cesse de le répéter, restait tranquille comme un cactus dans le désert, ou une pâquerette sur un terrain de football amateur. Je sais mes images sont insolites, mais moi, je vis en face de Ouessant, dans un aber, au pays des abers, sorte de fjord et je ne possède pas la connaissance infuse et n’aime pas le thé ! Je n’infuse rien, je partage mes visions et éteins la télévision. Nous sommes au vingt et unième siècle après Jésus, notre Christ, de l’avis de tous, sauf des chinois qui résistent. C’est leur droit, pas d’ingérence dans les civilisations. Dans mon pays, pas d’aigles, ni de vautours, que des renards des brousses à la peau rousse comme la lune miroir du soleil. J’en étais où ? Je ne suis pas né de la dernière pluie : plusieurs révolutions solaires à mon actif. Je vibre devant la nature, les couleurs, les odeurs, le feu de cheminée, mais je ne suis pas un druide. Enfin, je ne vais pas chercher le gui, et quand je perds un être cher, je ne caresse pas ses os, je l’enterre, poète à mes heures en sachant que les vers iront creuser des tunnels, aérer la terre et créer de l’ail des ours, une plante à la longe verte, et au cœur d’une blancheur digne d’un dentifrice magique, que j’aime manger accompagnée de pâtes. Où il part celui-ci ? Et bien dans sa vie, comme vous, suis-je crédible à vos yeux ? Je ne le sais ? Je souffle comme Léon apprend à respirer au creux d’une grotte, et cette question, comment sortir de ce gouffre ? La magie, et hop téléportation, je n’y crois pas.

Un drôle de guide arriva au-dessus de son épaule : un colibri. Léon ignorait tout du monde sans fin, et la faim se levait, un petit creux, pendant que je buvais mon chocolat chaud. Lui, son ventre gargouillait, signe du manque de tonus qui allait l’empêcher à remonter par la route première, celle de sa chute vertigineuse qui ne brisait pas son élan, et il découvrait le goût de l’aventure, l’envie d’explorer. Les stalagmites et stalactites de la grotte l’impressionnaient certes, mais lui délivraient de l’entrain. Les phoques devenus maladroits sur le bout de lave, ne pouvaient plus l’aider que du regard. L’enfant vit de la lumière, au loin, et s’en alla à la découverte de cet univers inconnu. Il marcha, marcha… Le premier fait insolite fut de voir des travailleuses, des fourmis qui portaient d’immenses, de gigantesques feuilles sur leur dos, à bout de pattes. Quelle force ! Léon admira le troupeau, leva le pied. La jambe évita d’écraser des membres de ce peuple, et il se dit que si on trouvait des feuilles, on trouverait des arbustes et peut-être des arbres ?

Dans ce milieu hostile, d’énormes chauves-souris. Sans « le chien de Zeus », le petit Léon avait perdu ses repères. Toutefois, une drôle de sensation s’inscrivait en ses gènes. Les animaux semblaient dormir. Son sang sacré dans cette nuit nacrée, couleur perle du sud, il avait perdu le nord, les étoiles, les constellations, ses habitudes, et le grand tout, le soleil ! Alors, le courage fit place à la naissance de ce sentiment que moi je connais souvent : la peur. Léon avait à sa hanche un couteau en corne de zébu, pour se défendre et pour manger. Le colibri restait stationnaire. L’oiseau-mouche restait à la hauteur de son épaule puis soudain, il accéléra. Quelle vitesse ! Évitant les obstacles, il devait avoir une cervelle radar. Sans un mot, Léon se mit au pas se disant, sans perdre son humour, qu’il était dans une sorte de pétrin, et peu boulanger. Cette question : comment quitter la grotte, suivre le vol du colibri qui lui avait laissé le temps d’admirer ses plumes jaune vif, rouges et des parcelles de noir. D’humeur sombre, il se sentait pour la première fois de sa vie mal à l’aise. Puis soudain, une attaque sonore, un son horrible. Les chauves-souris se réveillaient. Or, pour Léon, son confort auditif devenait insupportable, et il leva les yeux et vit le vide violet de ce regard avide de chair. Léon était la proie pour la première fois. Il devait trouver le pays des licornes puisque son aigle volait ailleurs. Comment faire ? Une boule d’incertitude le réveillait. Parfois le sentiment de peur rend l’être courageux et il dépasse ses limites. Parfois non. Mais Léon était de cette trempe des guerriers, il aimait vivre en paix, mais le sang il ne le maudissait pas ! Le son devenait de plus en plus insupportable. Autant au cœur du mystère de l’eau tiède, il n’avait rien ressenti, là, l’horreur sonore, ses pas devenaient de plus en plus lents. Léon perdait ses forces. Il faiblissait quand soudain un miracle se fut. Sur la fiente des chauves-souris poussèrent une, puis deux, puis trois fleurs : des lys. N’y voyez rien de royal, loin de l’idée de la beauté naissante. Le petit Léon prit sa corne de zébu, délicatement. Il coupa la base de la tige de deux lys et se boucha l’embouchure de ses oreilles, une sorte d’oreillette ! Ouf, il ne restait plus qu’à ne pas perdre son esprit, ne pas broncher, ne pas courir, ne pas déranger les oiseaux chauves. Il portait de lourdes bottes comme sa côte de mailles en écorce de tortue de mer : un confort certain mais une tenue brillante. Léon avait confiance en son armure bien que la vie ne lui avait fait que sourire. Sa première épreuve, il la vivait là. Guidé par son simple instinct, il goûtait pourtant au plaisir de l’instant : voir des lys se lever et le délivrer du mal !

Léon nageait dans le brouillard, et débrouillard, il suivait l’aura, ce zeste de lumière. Mais qu’allait-il trouver dans ce champ d’ultraviolets absent ? Un lieu si sombre !

Soudain, les chauves-souris attaquèrent. Au-delà de ce fait, une horde de loups surgit. Une bataille pour la vie s’engagea. Les oiseaux chauves sortaient de leur léthargie. Les loups, en meute, luttaient pour conserver leurs poils, leur peau. Attaqués sur leurs points faibles, (oreilles et queue), vifs, ils mordaient à tout-va les volatiles qui en plus de leur cri strident montraient leurs dents crochues. Le sang giclait sur le sol volcanique. Un moment de panique pour Léon. Lui, sa corne de zébu à la main, luttait aussi en compagnie de ses nouveaux amis les loups et ça mordait, ça descendait du haut, du sommet de la grotte, visant sans chagrin la mise à mort des êtres de chair. Loups et Léon s’accompagnaient dans cette sauvegarde de leur vie. Certains criaient. Blessés, tués, le moment était fou, furieux, aussi furieux qu’un ouragan de force douze. Mais le danger fut mis à mal par la meute, qui semblait-il, connaissait la faiblesse de leurs assaillants : le cou. Et ils mirent en fuite les volatiles qui regagnèrent le sommet pour s’endormir de nouveau, comme si de rien n’était. La mort et le sang se trouvaient à terre sur ce parterre de fiente. Petit instant de paix. Le petit Léon, impuissant, sa corne de zébu dans la main, ne savait plus maintenant si les loups ou les chauves-souris soulignaient le danger, car les loups, l’ancêtre du chien, lui tournaient autour, prêts à mordre ses os, les broyer comme ils venaient de le faire face à l’ensemble des chauves-souris… Que penser ?

Devait-il se battre, lutter, entouré par des hululements, des hurlements que même la fleur de lys ne pouvait ôter ? Léon sentait la peur. Ce sentiment montait comme un flux chaud identique au Gulf-Stream qui passe à l’ouest de son île. La peur, un sentiment chaud que ce petit sauvage découvrait, continuait à courir dans ses sens. Pourtant, il vit l’improbable. Le chef de la horde, aux yeux aussi perçants que l’aigle du Caucase, vint vers lui. Attention, sans soumission, ce n’est pas un caniche. Il fixait Léon qui rangea en guise d’acte de bienvenue son arme de poing. Le reste des loups tournait autour de sa personne. Le chef se mit en position fixe, yeux dans les yeux, dévisagea l’intrus, et assis lui donna la patte. Léon, brave, accepta le présent et c’est en compagnie d’un lot de loups, de nouveaux et bien drôles gardes du corps, qu’il alla vers la lumière, ce soleil qui lui manquait tant. En marche, une surprise l’attendait. Après les stalagmites, les stalactites, les trous de termites, les fourmis guerrières, la solitude et l’inquiétude d’être dans un milieu humide, très humide, il rencontra une forêt. La canopée était si dense qu’il ne voyait pas les nuages, ni le ciel azur, hors du temps, dans un pays aussi étrange qu’étranger qui l’étranglait par son essence même. Léon ne jouait plus. Son parcours initiatique ne venait que de commencer : des arbustes, du lierre, une végétation inconnue à ce jour qui formait parfois un mur infranchissable. Léon suivait sans mot dire, se demandant seulement comment et d’où provenait cette essence qui nourrissait ses sens olfactifs. Son nez souriait tant le parfum embaumait la forêt évanescente et remplie de mystères. La peur s’envolait. Guidé par les loups pour trouver de l’air libre, finis ces volatiles hostiles, il allait sur un sentier entre les arbres aux fruits mauve groseille et des bolets du diable. Mais qu’était-ce que ce lieu insolite ? Sur le parcours, des criques, des cours d’eau claire pour boire, et le devoir aussi de les passer sans se mouiller, pieds ou pattes. Alors sur des troncs, sans glisser, la troupe s’inventait funambule si possible car le flux du courant était fort, là dessous en cette saison. Ces troncs qui s’imposaient comme des ponts devenaient un plaisir d’être léger sur ses appuis. La troupe, le groupe allait en file indienne. Acrobate, sans se battre, la lutte encore en mémoire, Léon devait son salut à ces chiens préhistoriques, et les yeux fermés, il parcourait l’hospitalière forêt qui sortait de nulle part, seulement source d’espoir. Où était-il, Léon ? Il se savait au fond du trou, un abysse, une fosse. Son aigle, fidèle compagnon de jeu, de chasse, son camarade et gardien, volait ailleurs. Où se trouvait la clairière ? Le champ paisible où se promenaient les licornes, un verset de l’épître de Saint-Paul s’imposa à lui : celui du passage où nos pères baptisés par Moïse lorsque dans la nuée et dans la mer, tous ces êtres furent alignés sur le même fil, tous ont bu. Le même breuvage spirituel lui revenait : « Il ne suffit pas de recevoir des grâces de Dieu et les effets de sa miséricorde : il faut y correspondre ! ». Alors sans posséder ne serait-ce qu’un zeste de savoir, Léon avançait, donnant sa confiance aux loups, tout en pensant à ce qu’il cherchait, ses repères, ceux de sa naissance : les fleurs, jasmins que déviraient comme des friandises les licornes  et les autres animaux, ou être fabuleux pour nous, et si communs pour Léon comme les korrigans, les elfes, les lutins, et les sylphes, sans oublier les sirènes qui se baignaient dans l’iode et leurs chants de loup de mer si nuisibles aux marins. Tout cela, cette faune, cette flore, Léon, il connaissait. Mais là, dans cet endroit hors du temps, sous le couvert des feuilles des arbres, épineux, feuillus inconnus, résineux, l’archétype d’un labyrinthe digne du Minotaure, cet animal dont il devait se méfier, si véloce et féroce, le sentier était invisible pour un œil non averti, ce qui était son cas. Poursuivant sa caravane de bédouins, poursuivant l’essentiel en file indienne, il poursuivait l’esquisse du dessein de son destin, suivant sans marmonner son guide, le meneur de la horde des loups, pas garou. Juste heureux d’être sorti de ce piège de haine, Léon profitait de l’air. Cet air provenant du sous-bois ressemblait à s’y méprendre à la cour d’un roi, un jardin de château. Pendant qu’il marchait, sa pensée invisible se décalait telle une horloge sur le banc, où souvent, avec ou sans vent, il dialoguait, discutait avec son père, et n’oubliait pas sa mère. Soudain, un autre colibri arriva, étrangement clair, blanc linge. Il se posa sur son épaule. Ce sentiment de grâce, de plaisir intense, presque insoutenable jouissance de vivre l’excellence du temps présent, sur son épaule, Léon n’osait bouger un pouce. Mais pourtant, il suivait le chef aux yeux bleu étincelle. Sans sourciller, le colibri battait des ailes sur sa cuirasse d’écailles de tortue de Patara. Allez comprendre pourquoi ! C’est sur cette plage qu’elles vont pondre. Les écailles de son armure venaient de Turquie, d’après ce qu’il en savait de sa tunique. Cela avait peu d’importance. Bien que seul au milieu d’une flore parasite, quelques papillons multicolores lui délivraient de l’ardeur, du courage. Il avançait fier comme harpagon, oubliant les dangers multiples qui s’alignaient devant lui : un dragon de feu, un lac turquoise, des poissons pieuvres, des abysses et « l’espéranto » ! Voilà le bilan de cette escapade sans permission de son île au ponant, une île pôle ouest de la Terre. Le colibri, avant d’accélérer, et muni d’un radar hors norme, lui fit part du port de son salut : «  Là, où se trouve la clairière, tu trouveras de la lumière ». Et hop, une accélération improbable, filant entre les arbres, si vite que Léon chuta sur un tapis de mousse. Un tronc glissant venait de lui faire poser son fessier par terre. Il se releva. Un bruit assourdissant venait du fin fond de la forêt : une chasse aux cochons sauvages poursuivis par des trolls à la matraque lourde et aux hurlements de guerriers. Ces ogres avaient faim, soif de sang et la meute prit la poudre d’escampette. Léon se trouvait seul. De plus, la crique devenait un saut, une cascade légère mais puissante. Il fut emporté dans son souffle, sans pouvoir nager. La noyade n’était guère loin. Le petit sage ne l’entendait pas ainsi : il se démenait pour surnager et garder la tête hors de l’eau. Il respirait de larges bouffées d’oxygène, et sa tête repartait en immersion. De la rocaille le heurta et une branche le sauva. Il prit soin de l’agripper, d’user la force de ses bras pour remonter, vaille qui vaille sur la berge. Et là surprise, un long couloir de plantes carnivores : des dionées gobe-mouches aux dents effroyables car celles-ci étaient aussi hautes qu’un étage. Vertes, ouvertes, prêtes à mordre, déchiqueter l’écorce d’écailles de Léon ! Heureusement, maladroites, elles visaient mal, et le petit Léon put avancer, corne de zébu en sang, vers un espace qui semblait clair, une source de bleu qui devait masquer sa peur et le délivrer du mal ambiant. Chose faite, la traversée fut celle de Verdun : sans pause, luttant pour vivre. Jamais son pays aux goélands ne lui avait fait ce genre de sensation : un parcours initiatique divinement orchestré par Zeus, son père. Léon soufflait dans la clairière, et il pensait à son port : un petit port tranquille et ses bateaux qui se rangent au gré des courants, des lunes et des soleils qui s'aiment, s'attirent et se délaissent. Les voiles sont bleues, vertes, mauves ou rangées. La mer, elle, est silencieuse si le vent ne se fait point remarquer. J'aime l'abri du petit coude né de la rivière qui se jette à la mer, et le charme suranné des corps morts éparpillés. Ce sont de bien curieuses bouées qui ne retiennent pas les marées, mais les navires qui s’y amarrent. La nature nous promène dans son spectacle permanent, ses bruits, ses sources, et les délices de ses couleurs. Des nuages turbulents se baignent dans le ciel, éclaboussant le bleu de gris arrosés. Étrange impression de ce lieu aérien où il pleut des idées de rentrer auprès d'une cheminée, le regard allumé face aux flammes rouge cendré qui projettent leur chaleur.  Les dos des bateaux agitent leurs mâts secoués par les mouvements des flots. La musique des drisses et des chants d'oiseaux enchantent ma pensée. Je rigole et je m'affole de cette illusion de paix, de ce lieu miroir où la guerre s'est effacée. Des souvenirs de peines qui ont existé bien avant que je sois né affleurent. Curieuse idée que de penser aux bombes qui, sans secret, déchiraient le ciel, crevaient les nuages, laissaient couler la colère rouge du pas de veines, transformaient les rues en artère de sang ou en arc-en-ciel de douleur.   Au centre de la clairière, il s’assit. Le soleil brillait. Une fée tenait Pégase par sa longe. Léon ne l’avait jamais vu ce mythe : un cheval ailé couleur ombre. Sans un mot, elle lui fit comprendre de monter sur sa croupe. Léon ne cherchait plus autre chose que de revoir son île, son père, sa mère. Il exécuta cet ordre et s’envola en se dématérialisant. Son corps plus léger qu’une plume, il souriait enfin ! Bientôt il verrait la côte : lumière irréelle et beauté d'un voyage immobile. Le ciel gris épris de ce vert mystère donne son reflet au lac bleuté. Melon attend ses cygnes, et la mer, ce matin, est partie loin. Un bateau promène son sourire, cyan, sur les bords de son flanc. Son ancre posée sur la grève a des airs de Chine, cette marque du temps immuable : vérité et silence.   Presqu'île et sujet de cette ombre océan, un voile de brume nous cacherait presque la vision de ce four. Le phare cache ses reins. Éteint, il attend la prochaine marée, la caresse dorée d'une raie ou les crocs acérés d'un chien de mer.   Sur la plage, nulle projection de déjection, une clarté marron rose éclaire nos envies de découvrir une étoile de mer : coussins, astéries, couronne d'épines ou la sublime crachat d'amiral. Cette dernière, peu royale mais légère, s'entête. L'animal digère ses mollusques, loin de nous offrir un râle ou un rot. Soulevez un caillou, vous verrez bernard-l’hermite, petits crabes et porcelaines. Des laitues ou des algues queue-de-poulain cachent sous leurs ailes des mysis, tandis que des poux et des oiseaux survolent le tout...   Étranges nuages qui scellent les clefs de la nature, illusion de réel ou épines dans le pouce-pied, un plat de forme que j'aimerais un jour goûter...

Zeus en apercevant son fils riait !

mardi, novembre 24 2015

dyna-mythe

10406550_888076814588935_2270742942943477800_n.jpg Dyna-mithe

Ce matin-là, la lune était bizarre. Elle descendait vers la Terre comme si plus rien ne la retenait tout en haut. Un gros ballon qui promettait de faire un trou d'enfer, si personne ne réagissait, mais que pouvions-nous faire ?

Lacs, cratères. Tout illuminée, elle descendait vers le tropique du cancer. Le monde en alerte attendait le soleil, mais lui il avait une envie d'être discret. Pourtant, aucun nuage ne le chassait à l'ouest, et les dieux semblaient devenus fous. Ou alors ils manifestaient leur besoin de vacances. Un joli spectacle, cependant...

Toutes les nations étaient prévenues, et les téléphones rouges saturaient : de Russie, de Chine, ou des Etats-Unis. Le nucléaire était annoncé, sinon notre planète allait trembler. Personne n'avait pensé à ce désastre, que la lune, fatiguée de tourner, abandonnerait son orbite pour devenir une nouvelle dynamite. Combien allait mourir ?

Les enfants se réveillaient. Un samedi comme les autres : ils n'avaient pas classe, aujourd'hui, Unis sur toute la Terre, les petits voulaient jouer, tandis que nous, responsables de nos actes, avions le fond du pantalon mouillé. Plus besoin de s'inventer des histoires de spationautes : la grande Histoire s'inscrivait en lettres capitales. La lune tombait. Elle avait quitté son orbite et, depuis, son ombre laissait une nuit noire sur la moitié de la planète. Le soleil, tant attendu, avait choisi de se lever à l'est : il tournait à l'envers. Les scientifiques perdaient leurs repères. Les anguilles, elles, partaient se reproduire selon leurs habitudes, sans peur, ni reproches.

L'humain, si savant, ne comprenait plus rien... Les fauves, eux, cherchaient à se nourrir, se moquant de ce vent de sable qui levait le désert. La conscience d'être à l'âge de pierre, ou de Paul. Nos satellites pouvaient tout prévoir : une averse au Pôle nord, ses espions n'arrêtaient pas de nous épier, et le commun des mortels était fiché. La liberté n'était qu'une notion abstraite, puisque la puce de votre carte bancaire, votre portable, vous identifiait. La radio, la télévision, Internet, diffusaient l'information, et le cours des entreprises d'assurance chutait au rythme de cette pleine lune qui refusait de poursuivre sa route. Les vieux, si habitués à la voir docile, se mettaient à prier. La peur envahissait la planète, car quelque chose ne tournait vraiment plus rond. Et les hommes commençaient à comprendre que, au fond, ils ne sont qu'illusion. Une race dominatrice sur une planète de seconde, dans une galaxie à un seul soleil. Quant à l'eau, la mer. Elle, elle semblait attirée par la côte atlantique sud. Déjà des villes entières se noyaient. Heureusement qu'il y avait des bébés nageurs, car la terre, de ce côté-là de la planète, devenait une piscine. Les ponts s'écroulaient sous le flux de la marée, cent-vingt maximum qu'ils disaient... encore une bêtise.

Le monde était touché dans son fond de certitude, et les nations se rapprochaient par présidents interposés pour trouver la solution. L'arme nucléaire, la destruction d'un symbole et la peur de perdre jusqu'à sa première certitude. Ou une solution miracle proposée à la dernière minute. Devait-on tuer la Lune, lui envoyer une charge, à l'épicentre, et en faire une étoile filante... Elle tombait si vite que mon chat ne dormait plus. Je l'observais, et il chassait ses mauvaises pensées. Ce jour était peut-être le dernier, et les oiseaux criaient. Je comprenais que les animaux se sentaient innocents. Ce n'était pas eux qui lançaient des défis au cosmos, si fiers d'être l'essence de l'existence. Les vers ne dormaient plus, les chiens étaient aux abois, et les armées cherchaient l'ultime solution : une ou deux fusées devraient la calmer. Comment la renvoyer sur orbite ?

L'hélium. Gonfler des ballons de ce gaz si léger, et l'accrocher à la Lune. Les Chinois tissèrent une enveloppe, les Russes donnèrent leur gaz, les Américains affrétèrent une navette, et ils partirent dans l'espace. La mission, aussi périlleuse soit-elle, ne fut pas longue. Un petit tour en dehors de la stratosphère, gonfler le ballon, l'amarrer solidement, et la voilà renvoyée sur son orbite. Pas le temps de calculer précisément, la position de chacun. La nuit, laissa place au soleil, et les enfants savaient bien, au fond d'eux, que tout était donc à refaire.

mardi, octobre 13 2015

Ecoute-moi si tu peux !

Si vous considérez, comme Albane de Trépanel, que le loufoque n'a pas sa place dans la littérature, je vous laisse découvrir cette entrevue lors de laquelle nous ne sommes même pas parvenus à nous croiser.

Lire la suite...

mercredi, septembre 30 2015

Papa Pongwa, ce grand-papa invincible

1 le peuple des étoiles

B25aDh7CYAApTQ6.jpgChaque matin dans le sable rouge, couleur Mars, qui est un aspect particulier de son pays, l'Algérie côté Sud, notre petit Héros, Abou regarde les astres, se dit que ce sont des cailloux qui bougent dans les cieux, ses yeux sont brillants, et bouillants de curiosité, tant il est intelligent, si curieux de tout qu'il en oublie la fatigue, de l'aube et enfile sa tunique de la couleur de ses jeunes yeux, bleus.

En Algérie, le sable est si singulier, puisqu'il n'est pas blond « vénitien », comme les cheveux de l'anglaise « Malade » qui, il le sait, a kidnappé Papa Pongwa, son grand-père sorcier guérisseur. L'enfant a neuf ans, né sous le soleil, Abou  marche, pas nu-pieds, patate, c'est impossible ! De petites sandales en toile spéciale en peau de bête, pas bête l’animal ! Abou compte les étoiles, son foulard, noir, méticuleusement, il l' entoure autour de sa tête pour se protéger des coups de soleil, et du froid glacial version Ours ou étoile polaire, où chercher des gorilles dans le ciel de cette jungle de sable brûlant, impossible de le croire mais au Sahara, le thermomètre descend de plus de quarante-cinq à moins d'une suite de zéro de quoi estourbir, un étourdi qui oublie son couvre-chef telle une volée d’étourneaux perdus sur l'Atlas par un violent coup de vent, ou n’importe quel vieux chameau de touriste égaré dans ce vaste océan peuplé, de légendes, et berceau de la Terre. Abou aurait tant aimé connaître les personnages des histoires que l'on raconte devant le feu qui crépite, accentuant les étincelles sauvages, la nuit venant aux veillées, assis parmi les grands, il écoute les histoires, et apprend les traditions de ce grand désert qu'est le Sahara. Si grand cinq mille kilomètres qui vont de l'atlantique à la mer rouge, cette steppe, autre nom du désert n'a nulle frontière en son centre, les « Anglophones », ceux qui parlent l'anglais appellent cela un « no man's land ». Prenons un peu de hauteur, les enfants. Savez-vous les noms des pays qui l'entourent, oui, non ? Dix pays, aux noms exotiques et fantastiques pour nous, « Francophone », de A à Z, il s'agit de : l'Algérie, l'Égypte, la Libye, le Mali, le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, la Tunisie, et le Soudan. Le Sahara n'est pas que l'endroit où l'on a inventé la harissa, c'est aussi grand et vaste que le drapeau surnommé «  Stars » and « stripes » des États-Unis, je m'explique, ce désert d'Afrique est aussi grand que les treize bandes, et les cinquante étoiles de la confédération d’Amérique du Nord, et le Sahara, lui si on veut l'entrevoir sous une forme géométrique pour dessiner sa forme, il faut imaginer et tracer un trait, une diagonale, de terre sèche qui part d'un fleuve, celui du Sénégal jusqu'en, écoutez bien, la Mongolie. Eh, oui, ce peuple libre, de célèbres barbares des livres ouverts sur l'Histoire, quand, nous les Humains, nous cherchions encore nos territoires, et les limites de la planète qui nous supporte, au propre comme au figuré, la Terre.

La Mongolie, vous savez ce sont ceux qui ont des chevaux et les cheveux au vent dans leur grand pays, Abou lui connaît plus les chevreaux. Lui, il ne connaît que la chevelure de Bérénice, à gauche de la tête de Lion, pas les animaux, mais sa carte pour se situer, son GPS à lui ce sont les étoiles, la carte au menu lors de souper au toit ouvert sur le cosmos. Abou sait comme les marins qui naviguent à l'estime se diriger en positionnant les étoiles, les constellations, les amas d'étoiles, la toile, le tableau du ciel porte des noms souvent d'animaux, le petit chien et le grand, le cygne, et l'imaginaire et fantasque licorne. Au moyen âge déjà, les étoiles parlaient aux Hommes, amusez-vous à lire une carte du ciel, quatre horizons, ça bouge le temps d'une révolution solaire, dans l’œil de l'univers, notre toit qui bouge, c'est le ciel et si votre montre donne l’heure, c'est que nos planètes tournent et dansent, tourne-vent toujours dans le même sens tenir compte des tempêtes capitaine ! Cet aspect régulier du système solaire fait qu'en France, cette question de régularité circulaire dans l'espace fabrique la notion de temps, et sa force est elle aussi juste que ce tourbillon qui se pose pas de question, la reine de la Nature, le temps ne se pose pas de point « dingo » d'interrogation, il est la maître de l'école buissonnière, et que nous qui sommes en occident, peut-être par accident, la loi de régulation des planètes de notre système, Jupiter, Vénus, Saturne, Lune,Terre, Mars, Mercure, nous permettent de poser des saisons, l'hiver, le printemps, l'automne et l'été. Rêvons sur le sol, la jungle, les animaux du berceau de l'univers, l'Afrique, donnez des noms poétiques aux constellations, ou des repères pour les navigateurs sur les mers ou ceux du désert, comme la célèbre Orion. Au Nord de l’Équateur, ceux du froid polaire, souvent les navigateurs cherchent l’Étoile la plus basse celle de la grande Ours, et ce chariot à l'envers qui forme la petite Ours, d'autres noms rigolos hantent les cieux, pour le plaisir de l'évocation de jolis paysages, mais regardez le toit du monde, l'univers si vaste, on y trouvera dans des livres les positions du roi de la jungle, le lion, le long cou de la girafe, où les légendes venues des airs de baladins, telle la licorne, ou le dragon et son feu, si célèbre dans l'astrologie chinoise. Les enfants, regardez le ciel, le toit du monde, le toit de la Terre, vous verrez qu'il bouge suivant les saisons, vous verrez que certaines étoiles forment des images, le petit chien et son traîneau, la célèbre croix du Sud, ou bien au Sud de l’Équateur afin que tous les marins du monde connaissent pour diriger leurs bateaux, ou encore le cygne, pas ce canard qui vole, mais bel et bien un ensemble de cailloux qui lévitent et que l'on évite de justesse parfois. Au pays d'Abou, il pleut des météorites, et la pluie est si rare que les zones humides sont là pour jardiner, mais revenons à nos moutons qui d'ailleurs sont des brebis. Abou ne sait pas que la vie est délicate sous la chape de plomb qui nappe le désert du Sahara, il ne connaît pas les glaces au chocolat, ni la mousse, lui, Abou, il doit aller à l'oasis chercher de l'ombre face à cette lumière qui rend aveugle et y trouver de l'eau pour ses bêtes et aussi pour sa famille, sa maman qui reste dans son petit village.

Originaire du pays des « maures » là, où les vaches sont sacrées, d'après ce que raconte sa maman, et son oncle Féhed, le grand voyageur de la famille, Abou est déjà un petit garçon responsable du trésor de sa famille, les brebis. D'ailleurs, elles bêlent, belles sous le soleil, comme d'habitude ça brille, la chaleur revient dès qu'il s'élève à l'Est des montagnes et de la rocaille qui surplombe le plateau où vit sa petite famille. Son papa, lui, il lui fait confiance pour lui confier son seul chameau vers la source d'eau, et parfois Abou sur sa route croise des étoiles et des dromadaires et cette silhouette familière de son père, son foulard sans couleur offert au vent souriant sur l'un d'eux, car son père, évidemment, est fier de son fils, lui part quatre jours vendre du sel. Abou le suit du regard, et reprend sa marche. Ce sont des touaregs, des berbères, ils aiment chanter quand la nuit arrive des poésies arabes, leurs instruments, les flûtes de roseau , de curieux tambours, et leurs mains rocailleuses tels des tailleurs de pierre de granite celte tapent sur la peau des tbals et ripaillent : " jouer, chanter, danser et taper sur les tambours, anime pas le bourg, ils animent le bal improvisé du soir " . La carte du ciel frissonne, ses cils se plissent, la peur des serpents à plume ou non s'éloignent du camp, tant la joie résonne dans ce long désert où la pluie ne rigole pas, je rigole de chez-moi moi qui narre cette aventure, je suis un Celte, et chez-moi elle pleure la pluie, Abou chez lui, c'est si peu, très peu de centimètres par an.

Mais cessons les métaphores, Abou est, certes, jeune et fort, et il ne connaît pas la chanson du « sable chaud » ni les îles de l'Océan Pacifique, ni celles de la grande et de la petite Bretagne ! Dès que l'aube lève son voile, Abou enfile sa tunique bleue, et file dès l'aube chercher le troupeau, très jeune berger du Sahara. Très vite le soleil se lève, et la vie devient pénible, ici, dans le désert, partie Sud de cette gigantesque plage sans eau de mer qu'est ce phénoménal désert d’Afrique recouvrant plusieurs pays, la liste des pays qui l'entoure est si longue qu'il faut mieux se taire, depuis si longtemps elle sans zèle a quitté son lit, et devenu un lieu sans eau, et trop de sel, ou presque ? Trêve de digression. Nous sommes mercredi, vous n'avez pas classe l'après-midi, Abou marche tous les matins, ce jeune berger accompagnant le troupeau de brebis de son père à la source d'eau la plus proche de sa maison, pieds nus, c'est un endroit qui est en terre cuite et rouge comme sa terre natale en tourbe, rectangle ou carré , sans toit et comme la Lune, on peut marcher dessus, mais même pas de paille pour se désaltérer, on dirait qu'elles sont fabriquées « main » fait de bout de ficelle, le génie de nous les Humains construire des abris et ici c'est du ciel, car il ne tombe pas de cordes, mais les tempêtes du désert sans fin...

Revenons à nos moutons l'univers de ce garçon est très beau, mais aussi très difficile pour ceux qui comme toi n'y sont pas nés. Lors de sa marche ce sont de belles maison traditionnelles ici qu'il croise avant de s'arrêter accompagné de son maigre troupeau, Abou passe devant des endroits oh que c'est beau ce vert végétal, des jardins suspendus entre terre de sang et ciel ! Par magie des gens ont des jardins bien verts, adaptés comme lui au climat car dans ce pays, il ne pleut pas, et Abou pleure peu. Ce fils du désert habitué à croiser des châteaux fantômes détruits par le temps semblable à un sablier que l'on renverse, grain par grain, ses joyaux d'un âge moyen s’éteignent, juste témoins, aujourd'hui d'un glorieux passé ce n'est pas cela qu'il regarde, Abou, mais le ciel au bleu de Klein, ce monsieur est l'inventeur d'un bleu mystère comme ce ciel, sans nuage.

Paul Klein, nom d'un peintre d'un autre millénaire ayant vécu sur un autre continent l'Occident. L'Afrique est notre mère à tous, Une marche longue pénible, c'est son école de la vie. Pendant cette marche toujours le même refrain, il marche sous un soleil chaud, très chaud, plus chaud qu'une frite. Alors pour oublier les difficultés du désert,  Abou pense à la mer qu'il n'a jamais vue, et s'invite dans les Histoires que son oncle, un grand voyageur, qui rapporte et colporte au vent des oreilles attentives, comme celles de ce fils du vent et du désert qu'est, et restera Abou. Un gentil petit bonhomme, à l'esprit vif et curieux qui est né dans le monde des rêves sur notre Terre, un quinze avril 2006, son père lui a dit un jour, il s'en souvient ! «  tu es né sous le signe des étoiles, notre peuple se guide par la carte du ciel, et toi mon fils, tu es né sur Neptune et tu es un poisson, le ciel me l'a dit le tropique du cancer. Abou n'avait rien compris ce souvenir était vague telles les dunes qu'il parcourait avant la rocaille et la récompense de s'asseoir sous un arbre à l'oasis où il s'arrêtait pour l'eau et l'ombre ! . Tiens, une brebis manque à l'appel, il les compte comme ce conte sur le peuple des étoiles, Abou a ses secrets . Ce jeune « garçonnet « n'a pas de montre, midi, le zénith, le regard levé vers le soleil, sans lunettes noires, Abou sait qu'il est l'heure de trouver un palmier, il marche là, où il trouve de l'ombre, cherche la très célèbre oasis de Timimoun, un arc-en-ciel de la fraîcheur dans l’Algérie ce grand pays. Ici l'ombre d'un arbre vaut de l'or, un cours d'eau de l'argent, des brebis, du lait, et du sang froid et Abou lorsqu'il va promener le troupeau pense Océan. Pourquoi, puisque Féhed, le frère de son père raconte ses périples et lui explique les mondes muni de ce regard bleu/vert et l'étincelle belle et cruelle de ceux qui voyagent. Avant, les anciens Humains, marchaient aussi... D'ailleurs, les livres se sont écrits comme cela, certains s’occupaient de leurs champs, d'autres sur de gros bateaux naviguaient, d'autres s'occupaient des bêtes, et pour rêver, il y avait les colporteurs, des gens qui risquaient de rencontrer des pirates, des bandits sur leurs routes, et quand la lune prenait son vol, on allumait le feu, si le toit du ciel s'allumait d'étoiles, le voyageur racontait son journal. Hier Fehed, son oncle, lui avait parlé des tempêtes du Sud, de ces vagues plus hautes que des géants de pierre, de ces albatros aux gros ventres qui jouent en altitude, des vents ascendants et descendants, sans jamais se poser, ni se reposer. Ici, le soleil brûle les yeux, là-bas c'est le froid qui fait mal. Abou rêve encore de ce moment magique. Devant lui, l'immensité est ocre jaune-rouge, les dunes sont des vagues et il sait qu'ailleurs c'est l‘outremer, un bleu, vert, gris qui domine. Assis au pied d'un figuier de barbarie, un arbre immense au tronc usé, Abou n'écoute plus le son des serpents qui se cachent au cœur du sable où jouent les dromadaires. D'habitude, il ne se lasse pas de cette musique sauvage. Face à lui, chèvres et brebis boivent ce liquide rare, l'eau. L'ombre de l'arbre le protège des rayons assassins mais pas de son imagination. Abou se transporte sur l'océan, dans sa main une barre à roue qu'il tourne lui permet de diriger un trois-mât : "Le tyrannosaure".