Pourriture(s)

Dessin de François Boucq sur les attentats du 13 novembre 2015

"Pourritures", voilà le terme qui me vint à l'esprit hier soir alors que je suivais sur les chaînes d'informations et, surtout, sur Twitter, le triste récit des attaques terroristes sur Paris.

Mot de la colère impulsive, sans réflexion.

Puis, parce que le choix d'un mot n'est jamais sans signification, je me suis demandé pourquoi j'avais choisi d'affubler ces brutes ayant trouvés une "respectabilité" perverse à leur amour de la violence de cette insulte. Parce qu'ils sont des corrupteurs.

Leur haine et leur violence pourrissent d'abord leurs esprits et leurs actes. Puis le monde qui les entoure, comme dans une boite de Petri où une bactérie pathogène serait mise en culture. Ils colonisent, agressent et détruisent le milieu qui les entoure. Ils en font un lieu dévasté, putride où rien de sain ne survit. La joie, le bonheur, la communauté, l'autre ne sont plus vu que sous l'angle de la soumission, de la peur, de la douleur que l'on a le pouvoir d'infliger ou la peur de subir. Les réfugiés qui essaient de sauver leurs vies en venant nous demander un peu d'Humanité en sont les témoignages vivants. Mais l'avons-nous compris derrière nos idées barbelées ?

Comme tout agent pathogène qui se respecte, leur but ultime est de tout contaminer. Ils veulent aussi nous atteindre. Ils nous infligent leur violence, nous injectent leur venin. Ils veulent que notre vision humaniste du monde, du vivre-ensemble se salisse dans la lutte contre leurs actions. Ils veulent insérer leur pourriture dans les interstices de notre société, y cultiver des abcès, provoquer l'inflammation du corps social. Dire à ceux, musulmans, Français(e)s issus de l'immigration, qui pourraient en être les victimes, "nous avions raison, nous sommes votre seule issue, nous détenons LA vérité : vous ne pouvez pas vivre ici, la démocratie, les idées de Lumières ne sont pas pour vous". Ils veulent annihiler notre capacité à accepter nos différences pour construire une société unie mais pas uniforme.

Pour cela ils trouveront des alliés objectifs parmi nous, d'autres corrupteurs moins virulents grâce à l'influence de nos Lumières mais qui ont, patiemment, durant des années, nourri leur propre bouillon de culture, leur propre souche de haine et puis, d'autres encore, qui acceptent toutes les marches qui se présentent à eux - même les plus branlantes, les plus pourries - pour accéder au pouvoir.

Leurs armes bien enfoncées dans nos plaies, ils les agrandissent, les infectent, ils veulent que le pus coule, que la fièvre monte. Si nous n'y prenons pas garde, sans s'en rendre compte, par la surenchère sécuritaire, par l'abandon de nos valeurs, par l'index rageur que certains pointent vers ceux qui n'ont rien en commun avec ces monstres, nous risquons de faire pourrir sur pied notre modèle de société.

Ce sont des pourritures parce qu'ils sont la mort, la fin de tout ce qui fait l'Humanité. Ce sont des manipulateurs parce qu'ils veulent faire de nous ce qu'ils sont. Ce sont des corrupteurs car ils veulent que nous bafouions les valeurs démocratiques que nous chérissons tant.

Protégeons la Fraternité de la pourriture.