Ibidem - Chapitre 8 / 12 - Pas de vent dans les cheveux pour le conducteur de la décapotable rouge.

Chapitre 8 / 12

Pas de vent dans les cheveux pour le conducteur de la décapotable rouge.

Je marchai d’un bon pas, au milieu de la chaussée, rue des Chercheuses. D’un très bon pas même. Si bien que je finis par dépasser la décapotable rouge que je suivais depuis dix minutes. A l’intérieur, un jeune homme, affalé sur son siège en cuir, lunettes noires sur le nez. Une clope oubliée dans le coin des lèvres lâchait ses cendres sur une chemise blanche et donnait au quidam un air blasé des plus détestables.

- C’est dommage de ne pas profiter davantage de ce beau jouet, l’interpelai-je.

- Mais je suis déjà très en retard alors je préfère ne pas accélérer.

Je ne sus pas s’il s’était là moqué de moi. L’outrecuidant conducteur possédait le moyen de me faire gagner du temps et l’incohérence de sa seule réplique de la nouvelle me permit de me substituer à lui sans trop de scrupules. Il aurait en effet été irresponsable de ma part de laisser le volant entre les mains d’un faible d’esprit. Alors je hurlai juste « Réquisition ! » en l’empoignant, je rendis ses semelles à l’asphalte, m’installai à sa place et j’appuyai sur le champignon. Bien entendu la morille s’écrasa sous mon pied. J’utilisai l’accélérateur ce qui fut, sans commune mesure, un meilleur moyen de faire avancer la voiture. Je compris ce que le jeune fou avait insinué tantôt. Plus j’accélérai, plus l’aiguille des minutes s’affolait sur le cadran de l’horloge. Un mauvais branchement avait couplé les deux mécaniques. En tentant de gagner du temps, je perdis près de deux heures. Mais, au final, j’atteignis tout de même le lieu escompté : j’avais garé le cabriolet contre un lampadaire. Plié, ce dernier pointait en direction d’une clinique.