Calendrier littéraire Jour 1: La sorcière de l'infini

Un sourire étira la commissure des lèvres sèches de la jeune femme. Il était étrangement appréciable de humer la crainte qu’elle inspirait

Dans le cadre du défis du Christmas-Challenge; publier une nouvelle par jour jusqu'au 25 décembre, je vous propose de découvrir ce premier texte:

Le froid parcourait les lieux et s’enroulait autour de ses membres en quête d’un signe de vie, d’un frisson ou d’un sursaut de surprise. Mais il ne trouva rien. Il répéta sa tentative timide pour réveiller l’endormie. Il se glissa silencieusement sur le tissu épais de son vêtement sous lequel il sentait la douce chaleur d’une peau délicate. Il remonta le long de son bras et trouva enfin une faille à exploiter. Son cou dénudé lui offrait l’occasion tant rêvée. Il s’y précipita tel un enfant espiègle ayant trouvé un nouveau jouet.

Le contact du faible courant d’air sur sa peau la fit frissonner. L’air était doux dans cet endroit pourtant étouffant et sec. L’odeur de l’acier et du fer envahissait chaque parcelle de la pièce étroite. Son corps était entravé par d’épaisses chaînes qui enserraient sa nuque et ses jambes. Elle était condamnée à rester debout, à attendre que l’on daigne lui prêter la moindre attention. La petite ampoule projetait les ombres apeurées de la grille qui l’enfermaient. Comme si la noirceur avait peur de la personne qu’elle retenait prisonnière dans cet endroit. L’ombre semblait vouloir s’écarter d’elle et la fuir au loin. Peut-être avait-elle senti qu’en elle, il y avait un abysse recélant une noirceur bien pire que les ombres. Un abysse rempli d’une haine et d’une colère débordante. Une hargne dans laquelle un éclat quasi imperceptible et invisible. Il circulait et n’attendait qu’un geste pour submerger l’être qui l’abritait et assouvir sa soif de sang. Un goût digne d’un ruisseau subitement alimentait par une vie semée d’embûches et d’obstacle.

Ce filament faussement fragile et très instable vivait au même rythme que les battements de son cœur. Tout comme eux, il était devenu si discret qu’il était devenu silencieux et ressemblait à la mort. En apparence seulement.

Sa respiration était si infime et lente qu’on pouvait la croire sans vie. Pourtant, sous la cascade de cheveux aussi noirs qu’une nuit sans lune, était dissimulé un visage à la peau aussi blanche que la neige. Ses lèvres étaient délicates et allaient en harmonie avec le visage d’un ange funeste.

Le claquement sourd du sol frappé par de lourdes bottes en cuir résonna dans sa cellule hautement sécurisée. Endroit perdu au centre d’un complexe pénitencier à la pointe de la technologie. Helheim était une prison construite et fortifiée par les humains il y a plus d’un siècle. Sa complexité résidait dans le fait qu’elle n’était qu’un assemblage de cellules formant une sphère parfaite. Au centre, une tour de garde était surmontée d’un haut plateau sur lequel se trouvait l’arène dans laquelle se déroulaient les procès et les exécutions. L’ensemble était cerné par des murs recouverts de titane. Un système de défense infranchissable parachevait cette forteresse spéciale. La prison flottait dans l’espace comme un déchet oublié là. Renfermant les pires criminels que la terre refusait de garder sur elle.

Les pas continuèrent leur avancée et finirent par ralentir en arrivant à hauteur de sa cellule. Un silence se fit. Pourtant, depuis sa cage, elle sentait l’odeur de la peur et de la terreur envahir petit à petit le garde posté devant la porte. Il hésitait. Il tentait de reprendre son souffle pour chercher du courage. Son cœur s’emballait. Des gouttes de sueur commençaient à perler sur son front. Le gardien serrait sa main sur sa ceinture sur laquelle était accrochée son arme. Sa présence le rassura, car il fit un pas en avant, mais suspendit brusquement son geste, soudain assailli d’un doute.

Un sourire étira la commissure des lèvres sèches de la jeune femme. Il était étrangement appréciable de humer la crainte qu’elle inspirait. Les gardiens la fuyaient et n’osaient pas approcher sa cellule. Comme une sorcière qu’ils voulaient à tout prix éviter pour ne pas être touchés par un mauvais sort. Les rares personnes venant à sa porte ne la franchissaient pas bien trop effrayées par les murmures qui entouraient sa personne. Car tous connaissaient les histoires qui la concernaient et tous savaient que son histoire était liée à bien pire qu’elle. Les histoires s’étaient rapidement transformées, avec l’imagination, la superstition et peut-être un peu de vérité, par devenir une légende puis un mythe, faisant d’elle la femme la plus dangereuse et sanguinaire que les soldats terriens aient croisée. Les centaines de cadavres qu’elle avait laissés derrière elle avant sa capture confirmaient en partie ces histoires. Mais qui se serait laissé attraper sans se battre pour sa vie. À l’instant où ils avaient mis la main sur elle, tout procès était inutile. L’avis de recherche et la peine de mort qui pesait sur elle depuis qu’elle avait fui sa Terre natale l’avait condamné aussitôt à la mort. Pourtant son sort avait fait débat et les juges l’avaient gardé bien plus longtemps qu’elle ne l’avait espérée.

Le gardien déglutit. Dernière tentative de réconfort. La serrure cliqueta et s’enclencha. Le battant de la porte grinça pour s’effacer devant le gardien qui resta un instant sur le pas de la porte. La jeune femme se redressa. Ses cheveux s’écartèrent sur son visage et dévoilèrent le bandeau noir qui recouvrait ses yeux. Marque ultime de la terreur et de la superstition qu’elle leur inspirait.