Jour 3: Le chaudron magique

Elle déambula dans les rues glacées avant de tomber dans la rue où les bars se faisaient concurrence et formait un quartier entier. Comme une entité à l'intérieur d'une ville. Un endroit qui s'éveillait le soir et où la population allait pour noyer sa vie dans les boissons ou simplement pour faire la fête.

La nuit était en train de tomber. Depuis sa fenêtre la jeune femme regardait d'un œil morne le bout de ciel qu'elle arrivait tout juste à apercevoir entre les toits des immeubles qui lui cachaient la vue de ce spectacle nocturne. Dans cette ville bien trop grande, les étoiles étaient inexistantes et ce vide rendait les soirées encore plus tristes qu'à l'habitude. Elle eu une pensée mélancolique à la région qu'elle avait du quitter pour venir dans cette fourmilière géante où les fourmis courraient sans se regarder, fonçaient dans les autres insectes et continuaient de creuser leurs galeries en baissant la tête et sans jamais se poser et lever les yeux pour regarder les astres. Non, c'était une ville triste, trop grande où l'être humain perdait toute son humanité entre les murs et les routes goudronnées sur lesquelles déboulaient à toute vitesse les automobiles prêtent à tout pour gagner deux minutes de trajet et se prendre un piéton sur le capot avant de rentrer chez elle fière d'avoir renversé trois étudiants, une vieille dame et deux chats gris.

Cette ville était déprimante et n'aidait pas la jeune femme à se sentir chez elle. Déjà dans ses études, elle sentait bien qu'elle n'était pas à sa place. Oui, elle aimait ce qu'elle faisait, mais le fait que ces camarades l’ignorent par peur qu'elle les morde de mauvaise humeur la blessait encore plus. Souvent elle pleurait en silence, cette douleur que les autres lui infligeaient la forçait à se murer dans un silence dévastateur. Pourtant elle pouvait être une personne pleine de vie qui rit aux éclats à la moindre blague, même nulle. Mais là, elle n'avait plus goût à rien. Ce n'était pas facile de vivre dans une telle ambiance.

Abandonner, oui elle y avait pensé, mais à quoi aurait servit les efforts de ses parents si elle plaquait tout en cours de route ? Oui, c'était la seule motivation qui la retenait encore dans cette ville-prison.

La jeune femme soupira, resserra son gilet sur elle et retourna à son bureau, assise sur sa chaise, un bol de thé fumant à côté d'elle, elle regarda l'écran de son ordinateur ouvert sur une page de traitement de texte qui restait désespérément blanche. Elle aimait écrire ou plutôt elle en avait besoin. Elle voulait faire sortir de sa tête encombrée ces histoires et leur donner vie. Souvent, juste avant de sombrer dans un lourd sommeil les idées lui venaient et elle devait les griffonner sur un bout de papier pour ne pas les oublier. Cela pouvait aller plus loin et se finir en séance d'écriture durant laquelle naissaient des scènes, des passages et des trames entière d'histoire. Mais elle n'avait malheureusement plus le temps de les écrire.

Le soir, en revenant de ses études elle avait le cerveau lessivé et atrophié, il lui était impossible d'écrire et d'avoir un brin d'imagination. Pourtant, les intrigues étaient ficelées, les personnages étaient là, mais non, le fichier ne dépassait pas les deux pages.

Au bout de la énième crise de nerf qui eu pour conséquence de la faire hurler à gorge déployée toute sa haine contre un système d'exploitation, que nous devons admettre comme étant : « foireux », avant que tout un tas de noms d'oiseaux tous plus vulgaires les uns que les autres ne suivent, elle arriva à éteindre la machine récalcitrante, avala son thé qui lui brûla la langue et le reste de sa gorge.

Bien décidée à se changer les idées, elle attrapa, ses chaussures, son manteau, son écharpe qu'elle ne quittait jamais et son sac avant de claquer la porte pour rappeler à son voisin du dessous qu'elle vivait encore et sortit de l'immeuble. L'air était frais. Le mois de décembre était arrivé bien trop vite mais la neige rechignait à pointer le bout de son nez.

Elle déambula dans les rues glacées avant de tomber dans la rue où les bars se faisaient concurrence et formait un quartier entier. Comme une entité à l'intérieur d'une ville. Un endroit qui s'éveillait le soir et où la population allait pour noyer sa vie dans les boissons ou simplement pour faire la fête.

La jeune femme passa devant de nombreux bar quand son attention fut attiré par l'un deux. L'extérieur ne payait pas de mine mais sa devanture en bois sombre éclairé par quelques bougies posée derrière les vitres, le rendait attrayant. Elle osa enfin, chose qu'elle n'avait jamais osé faire en vingt-trois années de vie, pousser la porte du bar et s'y engouffra non avoir une certaine appréhension.

Il y faisait une douce chaleur apaisante. L'endroit était entièrement fait en bois brute ou ciré. Les tables rondes étaient serrées les unes contre les autres. Les clients parlaient fort et leur discutions résonnaient sur haut plafond d'où étaient suspendu de lustres en fer sur lesquelles des bougies coulaient en décomptant les heures.

Timide, elle s'installa dans un coin, à une table seule et décortiqua la carte. Elle n’appréciait pas l'alcool. Non pas pour des questions de religion, simplement parce qu'elle n'avait jamais habitué son palais à l’apprécier. Et boire pour boire, ne l'intéressait pas. Aussi elle demanda un cocktail dans alcool. C'était cher mais au moins elle était dans un endroit où elle n'était pas seule.

Elle se laissa bercer par le flux incessant de conversation. L'odeur de la cire parfumée des bougie emplissait la pièce en plus des vapeurs des alcools. Ce n'est qu'en parcourant la salle d'un regard vide, qu'elle remarqua enfin un détail. Posé au centre de la salle, un vieux chaudron noir trônait. Intriguée, elle regarda ses voisins qui semblait ne pas l'avoir vu. Elle jeta un regard sur une autre personne qui semblait absorbé par ce qu'elle disait. En réalité, personne ne faisait attention à ce chaudron.

Perplexe, elle resta assise et attendit que quelqu'un fasse la remarque. Mais elle n'arriva pas. Aussi, d'un geste lent, elle se leva, contourna une table, évita les pieds d'une chaise et alla vers le chaudron. Il était grand et sur son métal était gravé un pentacle. Mais que faisait-il ici ? Pourquoi personne ne le voyait ? Perdait-elle la raison ? Devait-elle rentrer chez elle en courant et injurier au passage le barman qui lui aurait servit de l'alcool sans qu'elle ne le sache ?

Elle fit un pas de plus et se pencha pour regarder l'intérieur. Il semblait être vide. Mais en restant quelque instant à le contempler, elle remarqua qu'une sorte de liquide tourbillonnait à l'intérieur. Se pouvait-il que quelque chose de magique se passe enfin dans sa vie si morne ? Curieuse elle se pencha. L'aspect était celui d'une plaque de glace sous laquelle évoluait les flots agités par une tempête.

Bêtement, elle avança sa main et toucha la surface. Aussitôt un froid glacial lui saisit le bras et envahis son corps la paralysant sur place. Le liquide se mit à tourbillonner avec frénésie créant une tornade sombre. Le bruit des conversations cessa. Le noir l'entoura. Une faible musique d'un violon jouant les dernières notes d'un condamné résonna dans le néant avant qu'elle ne sombre.